Jean Grégorovitch SKOROPAD est né le 27 septembre 1917 en Galicie,  à l’ouest de l’Ukraine et précisément à Turynka, un village alors polonais, de la région agricole de Jovkva, petite ville à 26 kilomètres de la capitale régionale de Lviv (723 mille habitants), de Grégoire SKOROPAD et d’Ahafia BOCHONKO.

Dans sa jeunesse, il aide sa famille dans les champs, garde les vaches, aide son père, gardien à l’école du village, surtout en hiver où il faut alimenter le poêle à bois dans la salle de classe, apprend à cuisiner avec la femme du directeur. Plus tard il est employé à la Poste comme facteur. Il épouse à 20 ans Marie SAWULA le 25 juillet 1938. De cette union naquit une fille Catherine le 8 avril 1939, récemment décédée, le 14 octobre 2016, à l’âge de 77 ans en laissant 5 enfants, 10 petits-enfants et 2 arrières-petits-enfants.

21 mai 2002. Eglise de Tyrynka, village natal de Jean G. SKOROPAD

La guerre atteint la région ukrainienne occupée alors par la Pologne et reprise le 17 septembre 1939 par l’armée soviétique. Il est alors appelé sous les drapeaux et part au front. Soldat russe, il s’est laissé prendre par les Allemands en 1941 au nord de Leningrad (actuellement Saint Petersbourg). Prisonnier de guerre (Kriegsgefangene), il est affecté aux travaux de réfection des routes qui mènent au front. Par la suite il est incorporé de force dans l'armée allemande et combat ainsi avec eux l’armée soviétique qui finalement les repousse. Il est alors contraint de les suivre en laissant sa femme et sa fille de deux ans derrière lui…

Les historiens estiment que plus de 220 000 Ukrainiens se sont engagés aux côtés des forces allemandes durant la Seconde Guerre Mondiale pour combattre le régime soviétique.

Lors de la retraite des Allemands vers Riga, en 1943, il est blessé dans les environs de Pskov (République de Russie actuellement) par un éclat d’obus. Il perd l’usage de son œil et de son oreille gauche faute de soins.

Il arrive avec les Allemands en Alsace, d’abord à Sainte Marie-aux-Mines, puis à Ingersheim.

Il est caché dans la famille STOECKLE dans une grange, est nourri et ce pendant plus de trois semaines avant la Libération par les Américains.

Environ deux semaines après la Libération, il se présente à la mairie d’Ingersheim pour faire la déclaration de son identité polonaise. En reconnaissance envers la famille d’accueil, il est resté chez elle et y a travaillé jusqu’en 1948 comme ouvrier viticole.

Il faut rappeler qu’à la fin de la guerre sa région natale faisait désormais partie de la République d’Ukraine de l’Union Soviétique. Il avait fait le choix difficile et personnel de rester en France.

Il divorcera de Marie son épouse ukrainienne le 27 juin 1956.

Il part ensuite à Mittelwihr où d’autres ukrainiens ou polonais s’étaient installés pour le travail aux alentours, dans les vignes, dans la filature Schoen-Altherr de Kaysersberg ou encore au parc de Schoppenwihr. Par la suite, il ira travailler dans les usines de textile de la région de Colmar (Filature de Colmar ou Wiesgarber ou Berglas Kiener).

Catherine CZERYBA fait partie de ce groupe d’amis qui se rencontraient fréquemment. Elle est née le 1er août 1917 à Dydiatycz en Ukraine (de Stéphane et d’Endoria MILAN) et est arrivée en France en octobre 1938 avec un passeport polonais pour un contrat de travail d’une durée d’un an qui sera reconduit chaque année. Elle fait la connaissance de Pierre GALAY, né le 5 juin 1909 à Baligrod en Pologne. Ils donneront naissance à un garçon, Michel, le 11 juillet 1941 et se marieront le 26 septembre 1947. Subitement, son époux décèdera d’une maladie le 2 mai 1951.

Il se rapprochera de Catherine pour vivre avec elle et son enfant. Il l’épousera le 10 août 1957 et adoptera son enfant. De cette nouvelle union naquirent quatre garçons: Romain (1952), Bohdan (1954), Jean-Pierre (1957) et Daniel (1958).

Il se fait naturaliser français le 19 octobre 1959. Cela lui permettra de prendre un emploi en 1961 chez TIMKEN qu’il occupera jusqu’en 1977. Il prendra une pré-retraite l’année suivante et sa retraite le 1er janvier 1983.

Issu du monde agricole, il travaillera en plus du travail en équipe à l’usine chez un fermier  à Horbourg-Wihr (Monsieur WEISS), village voisin et cultivera parallèlement le jardin près de sa maison pour nourrir la grande famille. Tout cela lui permettra ainsi de faire des économies.

Il achètera avec son épouse le 28 août 1969 une maison au 2, sentier de la Luss à Colmar, car l’appartement, loué dans le quartier, de trois pièces dans les combles qu’il occupait avec sa famille, au troisième étage sans ascenseur, sans salle-de-bains était devenu trop petit, les enfants grandissant. Et surtout des voisins qui n’aimaient pas les enfants voire les étrangers qu’ils qualifiaient de «polenka»! Ces années-là étaient les plus difficiles pour son épouse qui élevait péniblement les enfants dans ce contexte.

19 mai 1973. La maison des parents. Bénédicte à 1 an 1/2. La Simca 1000 bleue...

Avec la maison, des années de bonheur arrivèrent !

Le jardin était tiré au carré, tous les légumes poussaient, les enfants donnaient un coup de main; plus tard des poules, des lapins, des canards, des pintades égayaient la basse-cour. Son épouse préparait des confitures, stérilisait les légumes du jardin. Elle savait préparer des plats merveilleux avec peu de chose. Tout était fait pour rappeler la terre natale et se rapprocher d’elle.

Il cesse de travailler courant 1977 et part en pré-retraite. Il a enfin le temps de se reposer un peu, de profiter de longs moments de sérénité dans son jardin, avec son épouse et ses enfants qui avaient trouvé du travail. Des voyages sont organisés, en France, en Ukraine où en 1991, année de l’indépendance de l’Ukraine, il reverra sa première épouse lors d’une visite sur sa terre natale. Il échangeait régulièrement des courriers avec sa famille ukrainienne.

Mais le 15 octobre 1997 la vie le sépare de son épouse brutalement, peut-être trop rapidement !

Elle venait de fêter son 80ème anniversaire.

Il aimait voyager, dans la région et au-delà. Régulièrement il partait en voiture avec son fils Daniel dans son pays d’origine essentiellement pour fêter les mariages des petits-enfants. Son dernier voyage en Ukraine datait de septembre 2015, en avion, ce fût son baptême de l’air, il disait «On se croirait dans un bus!». Il eu l’occasion alors de rencontrer, dans le cadre du mariage de son arrière petit-fils Volodia, toute la famille réunie.

Son dernier voyage fût au mois de mai 2016 en camping-car chez son fils Jean-Pierre installé à Scorbé-Clairvaux dans la Vienne (86) et ce dans le cadre de la fête des Pères.

Souvent en été il aimait partir dans les Vosges le week-end où l’air frais est plus respirable et les fermes-auberges accueillantes.

Il était régulièrement invité chez son fils Bohdan, installé à Volgelsheim, pour célébrer les anniversaires, les fêtes des Pères, de Noël ou de Pâques avec toute la famille réunie autour d’une table dressée admirablement et copieusement par sa femme Micheline, secondée par ses deux filles Nadia et Corine. Il avait toujours un bon appétit et mangeait de tout, surtout en ces moments heureux, entouré de sa famille.

Ainsi les années passèrent rapidement…

Il suivait les actualités de son pays natal à la télé sur les chaînes satellitaires ukrainiennes.

Malgré une santé de fer et son caractère pugnace, les faiblesses de son organisme apparaissent. Baisse de la vue, audition affaiblie, vertiges, chutes...

Inévitablement, il ressent le besoin de quitter ce monde pour rejoindre son épouse qui l’attendait depuis 20 ans déjà.

Pour l’accompagner dans sa vie de tous les jours, son fils Daniel se rapproche de lui début 2015, en quittant son logement au centre ville de Colmar, pour assurer une permanence et une assistance au plus près car le père perdait son autonomie progressivement.

Pris par une bronchite au début du mois de décembre, il est affaibli et éprouvait de plus en plus de difficultés à se nourrir ou à boire. Il est parti au Centre de Personnes Agées «Les Lilas» le vendredi 27 janvier 2017 et le jeudi 2 février s’éteint comme une bougie, avec sérénité et en paix.

«J’ai quitté l’Ukraine en période de guerre, ce pays aujourd’hui est à nouveau en guerre!…» disait-il.